Ce soir, vingt ans après, je suis allé à ma première plage. Je me souviens, gamin, apercevoir du bleu mer, au fond, entre deux vallées. Je la vois chaque mois, chaque semaine, au même endroit, si près d’il y a vingt ans. Qu’ai-je fais de la mer ? Rien. La contempler, peu y aller, dessus, dessous, si peu, trop peu. J’ai voulu que tu me construises, mais j’échoue, chaque jour un peu plus, c’est pour cela que tu me manques et que je viens le surlendemain. C’est pour cela que j’irai, bientôt, bien loin.

Ce soir j’ai égrené les villages. Plouha, Saint Quai, Étables, Binic. Je les connais par cœur il y a vingt ans de cela. Et ils résonnent en moi quand au boulot ils m’en parlent, inconscients.

Ce soir je t’ai appelée, et je t’ai dit. Tu es venue presque hier, tu m’as expliqué où elle était, et je t’ai dit que j’y allais. Alors tu as souri, ma sœur.

Ce soir j’ai dévalé les galets. Ploc, ploc, ploc. Bruits sourds des pierres qui s’entrechoquent, plage à marée haute. C’était marée basse, j’ai pu avancer et sentir les vagues mourir à mes pieds. Cette baie regorge de saint-jacques. En face un, puis deux phares. Je ne les ai pas comptés. La mer était calme entre ces deux côtes au crépuscule, bleue, à l’heure où mer est ciel, à l’heure où la côte est vermeille.

Ce soir je reviendrai cet été. Lorsque la nuit sera tard, lorsque la mer sera calme, lorsque l’eau sera claire. Peau de néoprène, yeux de verre. Dessous.

Ce soir j’aurai trente degrés, bientôt, en mer de Chine.