Jean-Claude G. m’accompagne décidément jusqu’au bout du chemin. Il rentre d’Océanie, moi juste d’Asie.

Asie, quatre lettres porteuses d’un autre côté du Bosphore, de l’autre côté de l’Oural, jusqu’aux coraux des mers de Chine. Porteuses du proche, moyen et extrême Orient, des routes de la soie, des épices, des territoires de Pondichéry, de la mosquée d’Ispahan, et des bordels de Saigon. Cités impériales, cités interdites. Un imaginaire enfantin peuplé de dragons et des films du docteur Jones. Je le laisse, me promets, vœu pieu du retour, d’y retourner sans tarder.

Le froid est sec ce matin à Paris. Le ciel est bleu, et la ville est calme. Marché Montorgueil, une baguette bien cuite, un camembert bien fait. Je dépense en quelques heures plusieurs jours de salaire. Les gens sont hauts ici : de grand je repasse à petit à croiser pompiers et vélibistes. Je m’étonne de pouvoir lire les enseignes. Je m’étonne des éclats de voix que je comprends.

Le tgv m’entraîne confortablement vers mon far-west, silencieux, spacieux. Campagne plate et collines, labours de printemps, les blés ont peu avancé. C’est la saison où l’on coupe les haies dans le bocage. Tiens, penser à aller ramasser des fagots ce ouikène, à deux c’est mieux. Pas d’odeur de fraîchin. Juste le calme de la campagne ensoleillée après la tempête. Bientôt il sera temps de semer les petits pois. Comme la ville est paisible, comme la route est tranquille. Je croise des crocus, seuls éclats pourpres. Le chat est cinglé, il n’a pas changé. Il se dore sur le granit, joue avec des herbes, dévale le jardin et s’installe dans le noisetier. Moi aussi, et je m’installe dans les bras de l’homme aimé.