J’attends chez mon docteur. Je suis en avance dans la pièce claire de ce bâtiment rénové. Il traîne des Ciné Live, des Studio Ciné Live, des Rustica hebdo, des Elle, et ce gus qui bosse dans le même bâtiment et que je ne connais pas, deux étages plus haut. Je le salue, poliment. Il me salue, il s’en fout. Moi aussi. Je voyage dans le temps cinématographique, dans les jardins, dans les foies gras et les petites annonces champêtres. Petit à petit s’infiltre une pointe piquante dans mon ventre. Le temps passe, et le toubib est en retard, comme tous les toubibs. J’aurais dû le savoir et prendre mon temps au bureau, saluer la bonne année. Presque trois quarts d’heure. Ayé.

Il plaisante, il est de bonne humeur. Je commence à baliser, tranquillement. J’ai froid à demi-nu sur la table. Il prépare patiemment les seringues, il les pose, là la première, la plus importante à ses yeux, là la deuxième, là la troisième. Il prépare méticuleusement les pansements. Un, deux, trois, posés par un bout sur un quelque-part. Il confectionne des bouts de coton qu’il imbibe d’un jet de pissette d’alcool. C’est froid, mais je m’en fous, j’aime bien l’odeur. Lui n’aime pas l’éther. Ça tombe bien, ce n’est plus utilisé. “Risques avec l’oxygène dans les hôpitaux”, me dit-il. Moi j’aime bien l’éther, mais pas le Décontractyl en pommade.

Il frotte, pince, et pique. Je ne sens rien.

Il frotte, pince, et pique. Je ne sens rien.

Il frotte, pince, et pique. Je sens, je suis tendu de l’épaule. Mais je m’en fous.

Derniers vœux de bon voyage. Je rentre.

Dernières lignes, je tombe.