Hors des murs

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Poussières

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jeudi 28 janvier 2010

Vingt ans après

Ce soir, vingt ans après, je suis allé à ma première plage. Je me souviens, gamin, apercevoir du bleu mer, au fond, entre deux vallées. Je la vois chaque mois, chaque semaine, au même endroit, si près d’il y a vingt ans. Qu’ai-je fais de la mer ? Rien. La contempler, peu y aller, dessus, dessous, si peu, trop peu. J’ai voulu que tu me construises, mais j’échoue, chaque jour un peu plus, c’est pour cela que tu me manques et que je viens le surlendemain. C’est pour cela que j’irai, bientôt, bien loin.

Ce soir j’ai égrené les villages. Plouha, Saint Quai, Étables, Binic. Je les connais par cœur il y a vingt ans de cela. Et ils résonnent en moi quand au boulot ils m’en parlent, inconscients.

Ce soir je t’ai appelée, et je t’ai dit. Tu es venue presque hier, tu m’as expliqué où elle était, et je t’ai dit que j’y allais. Alors tu as souri, ma sœur.

Ce soir j’ai dévalé les galets. Ploc, ploc, ploc. Bruits sourds des pierres qui s’entrechoquent, plage à marée haute. C’était marée basse, j’ai pu avancer et sentir les vagues mourir à mes pieds. Cette baie regorge de saint-jacques. En face un, puis deux phares. Je ne les ai pas comptés. La mer était calme entre ces deux côtes au crépuscule, bleue, à l’heure où mer est ciel, à l’heure où la côte est vermeille.

Ce soir je reviendrai cet été. Lorsque la nuit sera tard, lorsque la mer sera calme, lorsque l’eau sera claire. Peau de néoprène, yeux de verre. Dessous.

Ce soir j’aurai trente degrés, bientôt, en mer de Chine.

mercredi 1 octobre 2008

Goût

J'aime le goût des métaux. J'aime passer ma langue sur la fourchette encore propre, sentir le piquant des pointes, le bord un peu blessant de l'entre-fourche des fourchettes neuves de basse qualité, celles formées à la presse et dont la jonction des deux parties du moule n'a pas été bien ébarbée. J'aime passer le bout de ma langue sur les décorations végétales qui les ornent, ersatz des fourchettes des bourgeois du XIXe. Je lèche ainsi le dos de la fourchette, tournicote sur le manche, jauge l'épaisseur, enfourne la queue. Mais ça, jamais à table, ou bien tout seul.

J'aime déceler la saveur de l'argent de celle de l'inox, plus neutre. L'argent est moins habituel, plus désagréable. Il me déplaît quelques fois, il a le goût des dîners de famille, le goût du dimanche gras, des noëls, des réveillons avec les Fontaine. Il a le goût de mon enfance, des soirs où nous jouions pendant que les adultes soupaient. Je me rappelle les couteaux en argent, lame inox pour mieux couper, posée sur le porte-couteau en verre de mauvaise facture, manche en argent posé sur le tissu de coton immaculé et doux, lourd comme un sexe à demi-bandé.

Dîner (c) alibaba0 sur flickr

Participation au Dyptique 4.2 d'Akynou. Photo Alibaba.

mercredi 9 avril 2008

Envies

Paris-Bombay : 500 €
Paris-Bogotá : 1200 €
1 fenêtre : 500 €

'soupir'

lundi 13 août 2007

Road movie et vie normale

Finis Africae nous livre ses réflexions sur les voyages et leurs souvenirs. Je m'inscris totalement dans la dernière phrase.

Le visage de Charly, un peu d'innamoramento, la prise de conscience de mon entrée dans le monde du travail, les paysages du Massif Central, la route. Ces scènes n'ont duré que quelques instants, mais elles occupent dans ma mémoire davantage de place que toute l'année qui a suivi. Et je n'ai jamais voulu revoir Charly. C'est que le temps ne défile pas à la même vitesse et les gens ne sont pas tout à fait les mêmes dans un road movie et dans la vie normale.

mardi 9 janvier 2007

Herbe folle

Mes frères m’ont regardé grandir. Moi aussi. Je les ai observé, et j’ai vu leurs changements. Au début nous jouions des coudes, combattant les autres pour ne pas périr. Je me rappelle juste cette lumière, là, au bout, alors que je vins au jour. Je sentais l’air frais me toucher, me caresser. Un rayon de soleil, et je respirai. Un cri, oui. Un long cri de silence. Mille sens qui éclosent en même temps, un choc.

Alors j’ai grandi au sein de la grande famille. Nous étions peu mobiles : naître et mourir au même endroit, telle semble être la destinée des campagnes. Je n’ai pas connu mes parents, qui n’ont pas connu les leurs. Notre oncle d’adoption nous nourrissait, nous choyait et nous protégeait. Le temps passait, et nous croissions. De mes frères, oh oui j’en ai vu partir : cueillis dans le bel âge de l’adolescence par la grande faucheuse. J’ai eu la chance, moi, de pouvoir m’épanouir, là, sous le soleil.

Ce soir je ne suis vêtue que de vent. Ce n’est pas encore l’été, ça y ressemble pourtant. Douce brise m’effleurant de bien-être. Je passerai la nuit, peut-être, mais pas ce lendemain, je le sais. L’enfant que je garde en moi jamais ne poussera. Le sien lui tétera le sein.

La voilà, la femme qui s’approche. Turbulences. L’étoffe me fouette. Elle repart. Demain, elle fera les foins avec ses frères à elle. Et je mourrai dans la balle, avec les miens.


(Photo d'Ali baba)

Participation au Dyptique 3.3 d'Akynou